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Pourquoi le mont Fuji est inscrit au patrimoine mondial culturel, et non naturel

Le mont Fuji est un volcan, mais l’UNESCO l’a inscrit au patrimoine mondial culturel. La raison tient à des siècles de culte, de pèlerinage et d’art qui ont fait de la montagne bien plus qu’un simple site naturel.

Le mont Fuji sous un nuage kasagumo
Fuji Five Lakes

Le mont Fuji est un volcan. Il peut donc sembler étrange que l’UNESCO l’ait inscrit comme site du patrimoine mondial culturel plutôt que naturel.

La distinction devient plus claire lorsque l’on comprend ce qui a réellement été inscrit.

L’UNESCO n’a pas reconnu le mont Fuji simplement parce qu’il s’agit d’une montagne imposante, belle ou intéressante sur le plan géologique. Elle a reconnu une relation développée au fil des siècles entre la montagne et les personnes qui l’ont vénérée, gravie, parcourue et représentée dans l’art.

Le bien du patrimoine mondial porte officiellement le nom de « Fujisan, lieu sacré et source d’inspiration artistique ».

Ce nom est la clé pour comprendre son inscription.

En bref

Le mont Fuji est devenu un site du patrimoine mondial culturel en 2013 parce que l’UNESCO a reconnu deux éléments principaux.

Premièrement, le Fuji se trouve au centre d’une longue tradition de culte de la montagne, toujours vivante aujourd’hui. Des personnes gravissaient la montagne comme acte de foi, visitaient les lieux sacrés à sa base, séjournaient auprès de guides religieux et empruntaient des routes de pèlerinage qui structurent encore la région.

Deuxièmement, la forme du mont Fuji est devenue l’une des images les plus influentes de l’art japonais. Les œuvres d’artistes comme Katsushika Hokusai et Utagawa Hiroshige ont contribué à rendre la montagne reconnaissable dans le monde entier et ont influencé des artistes bien au-delà du Japon.

L’inscription au patrimoine mondial ne concerne donc pas seulement le volcan.

Elle concerne ce que les hommes ont fait de ce volcan et ce que celui-ci a représenté pour eux.

Patrimoine culturel ne signifie pas « créé par l’homme »

Le mot culturel peut prêter à confusion ici.

Les sites du patrimoine mondial ne sont pas simplement divisés entre ce qui a été créé par l’être humain et ce qui a été créé par la nature.

L’UNESCO évalue les sites selon leur valeur universelle exceptionnelle. Ses critères couvrent notamment les traditions culturelles, l’architecture, les paysages, l’influence artistique, la géologie, les écosystèmes et la biodiversité.

Une montagne peut donc se trouver au cœur d’un site du patrimoine mondial culturel.

Dans le cas du mont Fuji, les critères retenus par l’UNESCO concernent son rôle dans une tradition culturelle vivante et son association directe avec des croyances et des œuvres artistiques d’importance internationale.

Cela ne rend pas le Fuji moins naturel.

Cela signifie que la relation culturelle entre la montagne et les hommes constitue la raison de cette inscription particulière au patrimoine mondial.

Une montagne sacrée avant de devenir une destination touristique

Le mont Fuji n’a pas toujours été abordé comme une montagne de loisirs.

Son activité volcanique suscitait autant la crainte que l’admiration. Au fil du temps, des pratiques religieuses se sont développées autour de l’idée que la montagne était habitée par de puissantes divinités et figures bouddhiques.

Des sanctuaires ont été établis autour de sa base, et la montagne est devenue associée à des formes de pratique ascétique mêlant des éléments du culte japonais des montagnes, du bouddhisme et des traditions shinto.

Au XIIe siècle, le mont Fuji était devenu un lieu important de pratique religieuse.

Gravir la montagne ne consistait pas simplement à atteindre une altitude de 3 776 mètres. L’ascension elle-même pouvait être un acte religieux.

Les pèlerins suivaient des itinéraires établis, visitaient des lieux sacrés et atteignaient finalement les sites de culte situés autour du sommet et du cratère.

Certaines traces de ce monde sont encore visibles aujourd’hui.

Le Yoshida Trail, par exemple, ne commence pas historiquement à l’actuelle cinquième station. Son ancien itinéraire débute beaucoup plus bas sur la montagne, en lien avec Kitaguchi Hongu Fuji Sengen Shrine et l’ancienne ville de pèlerinage de Yoshida.

Fuji-ko a élargi la tradition du pèlerinage

À partir du XIVe siècle environ, l’ascension du mont Fuji s’est progressivement diffusée au-delà des spécialistes religieux.

Plus tard, le mouvement Fuji-ko a rendu le culte du Fuji particulièrement important parmi la population ordinaire, notamment pendant l’époque d’Edo.

Les groupes Fuji-ko se rendaient à la montagne, la gravissaient et visitaient les lieux sacrés situés autour de sa base.

Le voyage ne se limitait donc pas au sommet.

Les pèlerins pouvaient accomplir des rituels de purification, visiter des lacs ou des sources, entrer dans des grottes de lave et suivre des circuits reliant différents lieux associés au culte du Fuji.

Cela a créé toute une géographie humaine autour de la montagne.

Dans des lieux comme Yoshida, aujourd’hui intégré à Fujiyoshida, les pèlerins étaient accueillis par des personnes appelées Oshi.

Les Oshi étaient des guides religieux qui assuraient également l’hébergement, les repas, les prières et diverses dispositions pratiques pour les pèlerins, notamment plus tard pour les groupes Fuji-ko.

À l’apogée de cette culture du pèlerinage, des dizaines de maisons d’hébergement Oshi bordaient l’ancienne voie d’approche de Yoshida.

Deux résidences Oshi encore existantes font aujourd’hui partie du bien inscrit au patrimoine mondial.

Le bien du patrimoine mondial est bien plus vaste que le sommet

C’est l’un des aspects les plus faciles à mal comprendre dans l’inscription UNESCO du mont Fuji.

Le bien du patrimoine mondial ne se limite pas au sommet ni au cône de la montagne.

Il s’agit d’un bien en série composé de 25 éléments constitutifs répartis dans les préfectures de Yamanashi et Shizuoka.

Ils comprennent la montagne et ses anciennes voies d’ascension, des sanctuaires Sengen, des maisons d’hébergement Oshi ainsi que des lieux liés au pèlerinage et à la purification.

Ils comprennent également des éléments naturels.

On y trouve notamment des lacs, des sources, des cascades, des empreintes d’arbres formées dans la lave et d’autres éléments du paysage volcanique.

Les cinq Fuji Five Lakes sont inclus dans le bien inscrit au patrimoine mondial.

Cela peut sembler surprenant pour une inscription culturelle, mais historiquement, les lacs n’étaient pas simplement des lieux pittoresques. Ils faisaient partie du paysage religieux entourant la montagne.

Les pèlerins Fuji-ko effectuaient des circuits entre les eaux sacrées autour du mont Fuji, et les lacs appartenaient à cette géographie de la purification et du pèlerinage.

Oshino Hakkai, l’ensemble de bassins alimentés par des sources entre Fujiyoshida et Yamanakako, possède un lien similaire avec le culte du Fuji.

La distinction entre « nature » et « culture » devient beaucoup moins nette lorsque l’on regarde la région de cette manière.

L’eau, les grottes, les forêts et les formations volcaniques étaient naturelles, mais les significations que les hommes leur ont attribuées étaient culturelles.

Une montagne qui a façonné l’art

La deuxième grande raison de l’inscription UNESCO est artistique.

Le mont Fuji apparaît dans la littérature et la culture visuelle japonaises depuis des siècles.

Sa silhouette particulièrement reconnaissable en a fait un sujet récurrent dans la poésie, la peinture, les arts décoratifs puis, plus tard, les estampes sur bois.

Dans l’art de l’époque d’Edo, le Fuji apparaît également au sein de scènes de la vie quotidienne et non uniquement comme une montagne sacrée isolée.

L’exemple le plus célèbre est la série Trente-six vues du mont Fuji de Katsushika Hokusai.

Hokusai place à plusieurs reprises la montagne derrière des vagues, des villages, des travailleurs, des routes et des conditions météorologiques changeantes. Dans certaines compositions, le Fuji domine l’image. Dans d’autres, il n’est qu’une petite forme au loin.

Utagawa Hiroshige a lui aussi produit des représentations influentes de la montagne.

Ces images ont largement circulé au-delà du Japon au XIXe siècle.

L’UNESCO reconnaît explicitement l’influence exercée par les œuvres de Hokusai et Hiroshige sur le développement de l’art occidental.

L’image familière d’un Fuji solitaire s’élevant au-dessus de l’eau ou d’un paysage est ainsi devenue non seulement un symbole japonais, mais aussi une image reconnue dans le monde entier.

Pourquoi le mont Fuji n’a-t-il pas été inscrit au patrimoine naturel ?

Il y a bien eu, auparavant, un mouvement au Japon visant à obtenir pour le mont Fuji le statut de patrimoine mondial naturel.

Cette histoire est parfois résumée par une explication très simple : « le Fuji n’a pas pu devenir patrimoine mondial naturel parce qu’il y avait trop de déchets ».

C’est incomplet.

Le statut de patrimoine mondial naturel possède lui aussi des critères exigeants. Un site doit démontrer une valeur universelle exceptionnelle dans des domaines tels que les phénomènes naturels remarquables, l’histoire géologique, les processus écologiques ou la biodiversité.

Les discussions japonaises autour d’une éventuelle candidature naturelle ont également pris en compte la comparaison du mont Fuji avec des paysages volcaniques similaires ailleurs dans le monde, le niveau d’aménagement autour de la montagne et certains problèmes environnementaux, notamment les déchets.

Le Japon n’a finalement pas poursuivi la candidature du mont Fuji par cette voie.

La candidature qui a abouti reposait sur un autre argument.

Plutôt que de chercher à déterminer si la géologie volcanique du Fuji était suffisamment exceptionnelle à l’échelle mondiale pour une inscription naturelle, la candidature culturelle s’est intéressée à quelque chose de beaucoup plus distinctif : la profondeur extraordinaire de la relation entre cette montagne particulière, les pratiques religieuses et les représentations artistiques.

C’est cette candidature que l’UNESCO a acceptée en 2013.

Le statut culturel ne réduit pas l’importance de la nature

L’inscription culturelle ne doit pas être comprise comme une affirmation selon laquelle l’environnement naturel du mont Fuji serait secondaire ou sans importance.

Une grande partie de la montagne est également protégée par d’autres dispositifs, notamment le parc national Fuji-Hakone-Izu et différentes désignations nationales concernant les paysages et les éléments naturels.

L’UNESCO elle-même souligne que l’environnement naturel est essentiel à la valeur culturelle du bien.

Sans le volcan, ses réseaux d’eau, ses forêts et ses paysages, les traditions de pèlerinage et les traditions artistiques n’existeraient pas sous la même forme.

Le patrimoine culturel du Fuji dépend du fait que la montagne reste une montagne.

Ce que cela change lorsque vous visitez la région

Comprendre l’inscription au patrimoine mondial change la manière dont la région du Fuji prend sens.

Kitaguchi Hongu Fuji Sengen Shrine n’est pas simplement un autre beau sanctuaire près du mont Fuji. Il se trouvait à l’entrée d’un important itinéraire de pèlerinage.

Les anciennes maisons Oshi de Fujiyoshida ne sont pas de simples demeures historiques. Elles sont des vestiges de l’infrastructure qui a accueilli des générations de pèlerins.

Le Yoshida Trail n’est pas uniquement un sentier moderne d’ascension. Il suit une route religieuse beaucoup plus ancienne.

Oshino Hakkai n’est pas inclus uniquement parce que ses bassins sont clairs et photogéniques.

Et les Fuji Five Lakes ne sont pas simplement cinq endroits depuis lesquels photographier la montagne. Ils faisaient eux aussi partie d’un paysage sacré plus vaste.

Les 25 éléments du patrimoine mondial deviennent beaucoup plus cohérents lorsqu’on les considère comme les différentes parties d’un même système plutôt que comme une collection d’attractions sans rapport entre elles.

Il n’est pas nécessaire de gravir le Fuji pour découvrir son patrimoine mondial

L’une des conséquences intéressantes de cette inscription est qu’il n’est pas nécessaire d’atteindre le sommet pour découvrir le mont Fuji en tant que site du patrimoine mondial.

Une grande partie de cette histoire se trouve au pied de la montagne.

Vous pouvez parcourir l’ancien secteur de pèlerinage de Fujiyoshida, visiter des sanctuaires Sengen, voir les maisons Oshi encore existantes, explorer les lacs et les sources ou observer la relation entre le Fuji et le paysage qui l’entoure.

D’une certaine manière, ces lieux expliquent l’inscription au patrimoine mondial plus clairement que l’ascension moderne jusqu’au sommet.

La montagne est au centre de l’histoire, mais le patrimoine existe dans les liens qui l’entourent.

Alors pourquoi le mont Fuji est-il un patrimoine culturel ?

Parce que l’UNESCO n’a pas inscrit uniquement un volcan.

Elle a reconnu une montagne que les hommes ont crainte, vénérée, gravie, parcourue, décrite et représentée pendant des siècles.

La forme naturelle du mont Fuji a rendu tout cela possible.

Mais la valeur patrimoniale réside dans la culture qui s’est développée autour de cette forme.

C’est pourquoi son nom officiel n’est pas simplement « mont Fuji ».

Il est « Fujisan, lieu sacré et source d’inspiration artistique ».

Une fois cela compris, de nombreux lieux autour des Fuji Five Lakes qui semblaient au départ sans rapport commencent à apparaître comme les différentes parties d’une même histoire.

Note pratique

Le bien inscrit au patrimoine mondial s’étend sur les préfectures de Yamanashi et Shizuoka et comprend 25 éléments constitutifs.

Il n’est pas nécessaire de tous les visiter.

Pour les visiteurs séjournant autour des Fuji Five Lakes, certains des endroits les plus accessibles pour commencer à comprendre ce paysage culturel sont l’ancien secteur de pèlerinage de Fujiyoshida, Kitaguchi Hongu Fuji Sengen Shrine, les Fuji Five Lakes et Oshino Hakkai.

Le Yamanashi Prefectural Fujisan World Heritage Center propose également des explications détaillées sur les itinéraires de pèlerinage, Fuji-ko, les Oshi et les différents éléments constitutifs du patrimoine mondial.

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